L’éloge de la « fragilité » chez Jean-Louis Chrétien
La dernière œuvre que Jean-Louis Chrétien a publiée de son vivant est intitulée « Fragilité » (Les Éditions de Minuit, 2017). Tandis que, pour les Grecs, la fragilité était conçue comme un manque ou comme une sorte d’occultation d’une force plus originelle, les Latins l’identifiaient à une brisure ouverte. En commençant par l’analyse étymologique du terme dans les langues basilaires de la culture occidentale, J.-L. Chrétien nous emmène dans un parcours historique de Sénèque jusqu’à Kant, en passant, bien évidemment, par les Pères de l’Eglise, tels qu’Ambroise et Augustin. Ce sont ceux-ci qui nous apprennent à concevoir la fragilité dans un sens fondamentalement moral, au sens où l’homme incline, dans sa condition d’être fragile, au mal. La compréhension de la fragilité se développe alors à partir de la personne humaine telle qu’elle se manifeste en qualité de phénomène. En ce sens, il ne s’agit pas seulement de décrire l’humain dans sa condition de fragilité au sein de la contingence de ses expériences au monde : J.-L. Chrétien ne permet pas que la fragilité devienne un terme péjoratif. Au-delà d’une simple faiblesse, la fragilité apparaît comme condition rendant possible la communion entre des personnes distinctes. La faiblesse ne se montre donc pas comme la source du ressentiment contre la vie, mais comme le lieu même où celle-ci se donne.
Bibliographie :
Lecture obligatoire :
Jean-Louis Chrétien, Fragilité (Paris : Les Éditions de Minuit, 2017).
Lecture complémentaire (optionnelle) :
Jean-Louis Chrétien, La voix nue. Phénoménologie de la promesse (Paris : Les Éditions de Minuit, 1990).
Jean-Louis Chrétien, Saint Augustin et les actes de parole (Paris : PUF, 2002).
Jean-Louis Chrétien, L’inoubliable et l’inespéré (Paris : Desclée de Brouwer, 2014).
Jean-Louis Chrétien, Reconnaissances philosophiques (Paris : Les Éditions du Cerf, 2010).
Jean-Louis Chrétien, L’espace intérieur (Paris : Les Éditions de Minuit, 2014).
Bruce Ellis Benson et Norman Wirzba (dir.), Words of Life. New Theological Turns in French Phenomenology (New York: Fordham University Press, 2010).
Ouvert à tous.
Andreas LIND
Jésuite, titulaire d’un master en économie à l’Universidade Nova de Lisboa. Diplômé en théologie et en philosophie à l’Université Catholique Portugaise, à la Pontificia Universitas Gregoriana et au Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris.
Voir son profil
